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La désaliénation par l’éducation à l’africaine de nos enfants

Vue souvent comme un repli identitaire ou communautaire, la nécessité d’une éducation africaine ou afro-centrée pour la génération née après les mille neuf cent nonante, s’impose désormais à la génération actuelle des personnes d’origine africaine comme un devoir. Incomprise ou parfois mal expliquée, elle devient de plus en plus la pierre angulaire régulant l’argumentaire de toute une nation. Mais est-ce un autre effet de mode qui passera comme ceux de nos ainés dans les années d’après indépendance? Ou est-ce réellement une prise de conscience en profondeur qui va marquer les hommes et femmes voir changer la donne au niveau mondial?

UNE DÉSALIÉNATION INTELLECTUELLE

Sans tomber dans l’idéalisme on peut dire avec une certaine certitude mais prudente que la génération actuelle d’africains ou de personnes d’origine africaine à sérieusement pris conscience des responsabilités qui sont les tiennes vis à vis du continent africain et de ses populations. Une génération qui s’insurge, proteste, revendique comme ses ainés. Mais qui, disposant de moyens de communication dont ne disposait pas la génération des ainés, a pu nouer des contacts avec d’autres comme eux tout autour du globe. Elle a accès à de la connaissance, beaucoup de connaissance venant apporter des moyens d’argumentation plus pertinentes et conséquentes face aux questions et défis qui ont toujours été d’actualité, c’est à dire la place de l’homme noir dans l’histoire de l’humanité là où un certains président français avait dit de triste mémoire devant un parterre d’intellectuels africains que « le malheur de l’Afrique c’est que l’homme (et la femme) noir n’était pas assez entré dans l’histoire ». Désormais, toute la connaissance était disponible pour permettre de combattre ces idées reçues mais parfois fabriquées de toutes pièces dans le but d’humilier, rabaisser et dominer l’homme noir en le privant de sa place dans l’histoire de l’humanité. Ainsi le travail de toute une génération d’ainés, auteurs, scientifiques, savants commence à porter ses fruits car sont mise en lumière par cette génération non pas comme des idéaux mais comme des vérités historiques s’appuyant sur des faits dont l’éternel recommencement de l’histoire en est un des principaux.

Il s’agit de donner un autre son de cloche, une autre vision, une autre approche historique et philosophique de tout ce qui a été enseigné ou pas enseigné jusque là dans les systèmes éducatifs occidentaux fréquentés, ici et là bas en Afrique pour les plus chanceux dans les « Ecole Belge » ou « Ecole Française ». Les historiens en sont pas impartiaux devant l’histoire, selon l’auteur Howard Zinn, il en est donc de même de l’histoire que les uns et les autres ont écrit sur l’Afrique et les africains. Ainsi, il revient aux parents d’origine africaine, à défaut d’un quelconque système éducatif ici où vivent ces familles d’inculquer cette autre version des choses, celui d’un point de vue africain

UNE DÉSALIÉNATION SOCIALE

Les raccourcis sont souvent vite fait sur les personnes d’origine africaine et leur intégration dans un modèle de vie à l’occidentale. Là aussi, lorsqu’une personne décide de mettre en avant sa culture ou simplement de vivre selon un mode de vie qui correspond à sa culture on le considère soit comme sympathique pour ne pas dire exotique mais aussi comme non intégré voir assimilé sous d’autres cieux. Cependant, un expatrié ne rencontre aucun problème lorsqu’il décide de maintenir ses enfants dans un système « occidental » même vivant en Afrique. Rien ne leur est exigé, rien ne leur est imposé. Sans doute par admiration du blanc, une admiration découlant de plusieurs décennies voir siècles de colonisation, occupation, esclavage.

Les personnes d’origine africaine vivant ou ayant pu côtoyer les occidentaux dans toute leur humanité voir simplicité ont su relever la tête et ne plus continuer à souffrir du complexe d’infériorité qui frappe inconsciemment beaucoup plus de personnes qu’on en a idée. Il n’en demeure pas moins que la génération actuelle, vit sa désaliénation sociale non pas avec des slogan uniquement mais par des initiatives dans le social, culturel, économique voir politique. C’est une génération qui ose aller plus loin que ces ainés. Et cela est une bonne chose car elle se donne les moyens de ses ambitions, les moyens de ses slogans. Elle pose des actes, durable si possible, qui permettront à la génération suivante de bâtir sur du solide et ne plus refaire le travail de « retour aux racines » qu’eux ont du faire.

Cette désaliénation passe par beaucoup d’actes très symboliques. L’utilisation et l’obtention de noms typiquement africain soit ayant appartenu à un ancêtres, un parent défunt soit porteur d’une signification forte qui parfois renvoi au caractère de son porteur. Elle passe aussi les croyances religieuses et  accointances spirituelles plus en rapport avec l’Afrique ou du moins permettant un lien entre les convictions issues d’une croyance monothéiste comme le christianisme ou l’islam avec une approche très « ancestrale » de ces derniers à l’instar des victimes de génocide négrier transatlantique qui vit perdurer des croyances africaines comme le vaudou par la fusion ou l’adoption de rites ou personnages bibliques afin de préserver et transmettre les rites et personnages des anciennes croyances d’origine africaine.

L’éducation de base même des enfants est marquée par cette désaliénation. Bien que l’éducation familiale c’est à dire le conditionnement mentale et sociale de base d’un enfant sot encore fortement préservé, la vie même en occident devient un obstacle. Nous parlons ici de la manière même de vivre, d’apprécier les choses, de planifier la vie de ses enfants. Car un enfant grandissant dans à Paris dans un appartement sans cour ni espace où jouer dans la parcelle familiale et un autre à Ouagadougou grandissant dans une maison familiale typiquement africaine où en dehors des parents et des frères et sœurs, il a la possibilité de vivre avec grands-parents, cousins, oncles ou tantes sans parler des conditions de vie ici et là, des contraintes sociales et même météorologique. toute ces choses, exceptions gardées, font qu’un enfant ainsi que ses parents s’épanouissant un peu mieux en Afrique qu’en Occident. Et ceci, fantasme ou réalité, crée un besoin fort de retour au pays dans le cœur de beaucoup.

UNE DÉSALIÉNATION ÉCONOMIQUE

L’un des moyens les plus forts pour enraciner les progrès d’une communauté et sa capacité à créer en son sein un richesse remarquable et non négligeable lorsqu’elle est implantée en dehors du pays d’origine. Cette force économique constituée permet de faire tomber les idées reçus et autres paroles racistes dégradantes. Elle donne du poids en terme politique aussi car les leaders d’opinion de ces communauté sont ainsi respectés et plus écoutés. Il en va de même pour les communautés en question.

Là où l’effort est à faire c’est dans le modèle de consommation car généralement avoir un pouvoir d’achat, une stabilité financière ne suffit pas. Il faut pour se désaliéner économiquement penser à consommer africain à tous les niveaux. Choisir un produit africain ou producteur d’origine africaine ici en occident mais aussi et surtout ceux en Afrique directement. Il faudrait qu’un flux plus important de cash puisse circuler d’un africain à un autre. D’un consommateur à un producteur ou prestataire de service que ce soit pour des biens de consommations courants comme pour les biens d’investissement: penser d’abord africain cela veut dire « existe-il un producteur, prestataire de service africain pour tel ou tel service, tel ou tel produit? ». Et bien nous entendons par là, des biens de consommations produits et/ou vendus par des africains mais les magrébins, afro-américains et afro-latinos peuvent y être inclue aussi.

Ce dernier point est celui sur lequel les communautés africaines devront fournir un plus grand effort mais pour cela une meilleur communication et une excellente visibilité des producteurs et des points de vente doivent être mise en place voir améliorer s’ils existent déjà. L’argent est le nerf de la guerre. Nous sommes en guerre contre l’aliénation, la prison mentale post-coloniale et esclavagiste et cette guerre ne se gagnera pas qu’avec des arguments, des slogans, des mobilisations publiques ou des revendications politique. Toute guerre a besoin d’argent, énormément d’argent et il nous revient à nous, enfants d’Afrique de nous donner ces moyens en gagnant des batailles économiques.

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