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Sport: Quand les clubs africains prennent leur envol

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À l’heure où les joueurs vedettes des sélections nationales brillent lors de la CAN 2012, les clubs africains poursuivent leur développement vers le haut niveau. Le chemin est encore long, mais du Maroc au Congo des modèles à succès voient le jour. Samuel Eto’o, le joueur le mieux payé au monde avec un chèque de 20 millions d’euros annuel, est Camerounais. Les équipes européennes comptent dans leurs rangs près de 15% de footballeurs africains et le finaliste de la Coupe du monde des clubs 2010 était une formation congolaise.

Pourtant, les clubs africains tardent toujours à décoller. La faute aux ressources financières d’abord. Si des businessmen fortunés des pays émergents attirent depuis peu des joueurs vedettes en Chine, en Inde ou en Russie, ces mécènes du football moderne n’ont pas encore pleinement jeté leur dévolu sur l’Afrique. Mais des exceptions existent.

L’exemple du TP Mazembe

Héros du football africain, le club congolais du TP Mazembe s’est hissé sur le toit du monde footballistique en accédant à la finale de la Coupe du monde des clubs 2010 contre l’Inter Milan. Son succès, le club de Lubumbashi le doit à l’argent apporté par Moïse Katumbi, son richissime propriétaire, gouverneur de la province du Katanga.

Une manne financière qui a permis de recruter les meilleurs joueurs des championnats africains et de s’offrir les stars congolaises comme Trésor Mputu et Robert Muteba Kidiaba. Un modèle qui s’inspire de ce qui se fait dans les autres pays émergents, tel l’obscur club chinois deShenshua Shanghaï qui s’est payé pour Noël, grâce aux fonds quasi-illimités de ses propriétaires, Nicolas Anelka l’ex-attaquant français de Chelsea en attendant l’arrivée probable de la star ivoirienne Didier Drogba en juin.

Et le cas du TP Mazembe n’est pas unique sur le continent. L’exemple du club de Lubumbashi semble faire tâche d’huile en Angola, où les pétrodollars affluent dans certaines équipes. Récemment, Kabuscorp, une équipe de Luanda, s’est attachée les services de Rivaldo l’ex-légende brésilienne et Ballon d’or en 1999.

L'attaquant brésilien rivaldo

Un beau coup de pub pour le Girabola, le championnat local, qui compte dans ses rangs de nombreux joueurs brésiliens de seconde zone, comme Netinho (Atlético Sport Aviação), Gaucho (Inter Luanda) ou Everton (FC Onze Bravos). Et un coup de projecteur pour le football africain, jusqu’alors incapable d’attirer financièrement des stars, même en fin de carrière.

Le projet marocain

Mais pour Loïc Ravenel, collaborateur scientifique au Centre international d’étude du sport de Neuchâtel, le pays le plus prometteur sur la carte africaine du ballon rond est le Maroc.

«Les clubs marocains développent leurs infrastructures et des stades neufs sont en construction. La création d’un véritable championnat professionnel est également en projet. Les clubs ambitionnent d’attirer les meilleurs joueurs africains, et un système d’académies pour former de jeunes joueurs est à l’étude.»

Projet global, le développement du football marocain s’inscrit, selon Loïc Ravenel, en contre-exemple de la réussite du TP Mazembe.

«Pour attirer des grands joueurs et gagner en compétitivité, les clubs africains ont besoin de participer à des compétitions de haut-niveau. Un projet à la marocaine est sur le long terme plus intéressant que l’investissement d’un homme d’affaire qui met beaucoup d’argent dans un club sans rien autour, un peu comme pour le TP Mazembe.»

Le Botola Pro 1, la première division marocaine qui compte déjà de grands clubs avec le Raja et le Wiyad, deux équipes de Casablanca, ambitionne ainsi de retenir ses meilleurs joueurs au pays dans un avenir proche.

Club Zamalek

Club Al Ahly

Et à l’instar du championnat égyptien, modèle footballistique en Afrique avec ses grands clubs du Caire (Zamalek et Al Ahly) dotés d’enceintes de plus de 70 000 places, la compétitivité des clubs marocains pourrait booster les performances de l’équipe nationale. Entre 2006 et 2010, période ou la sélection égyptienne à décrocher trois Coupe d’Afrique des nations, la quasi-totalité des Pharaons évoluaient dans le championnat national.

La recherche d’un “business model”

Pour poursuivre leur route vers le haut niveau, «les équipes africaines doivent également faire évoluer leur modèle économique», note Loïc Ravenel. Le business model des clubs est aujourd’hui, par impératif financier, fondé sur la vente très jeunes des meilleurs joueurs à l’étranger.

«Pour réussir au haut-niveau, les clubs africains doivent donc parvenir à diversifier leur revenus pour conserver leurs talents qui partent vers l’Europe dès 17-18 ans », poursuit l’auteur de L’Atlas du sport mondial.

Une réinvention du business des clubs africain qui passe notamment par les droits de diffusion TV, poule aux oeufs d’or du football moderne. Un facteur qui pourrait redessiner le football africain.

«Pour intéresser les diffuseurs, la création de compétitions régionales serait une solution. On pourrait par exemple imaginer un championnat disputé par les meilleurs équipes d’Afrique du nord. Ce serait sûrement un produit plus attractif que la Ligue des champions de la CAF, trop déséquilibrée, pour les chaînes TV et le public », avance Loïc Ravenel.

Une réinvention du football africain qui permettra peut-être un jour aux clubs de faire revenir les Eto’o, Drogba ou Essien au pays. Un doux rêve pour le moment.

 

Par Camille Belsoeur pour Alfajiri


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