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L’Homme véritable, Maa, d’après la tradition Bambara.

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J’aimerais vous parler de l’Homme, de l’Homme véritable, je vais dire l’être humain qui est parvenu à dompter son égo afin d’exprimer la quintessence de son être, c’est-à-dire le Muntu. Pour les Bambara (Ban-ba-ra ou ban-ma-na signifie séparation avec la mère) du Mali, il y a une distinction fondamentale entre l’Homme  « normale » ivre d’égo, ignorant sa véritable nature intrinsèque,  et l’Homme véritable conscient de son affiliation avec Le Créateur qu’il nomme  «  Maa ».
Pour comprendre la nature et la complexité de la personne, de l’Homme, de Maa, j’ai choisi plusieurs extraits d’un ouvrage que je conseille à toute personne voulant découvrir la tradition africaine : Aspects de la civilisation africaine de Amadou Hampâté Bâ. Dans cet ouvrage, l’écrivain malien expose et définit quelques éléments nécessaires pour la compréhension de la tradition Africaine. Une tradition qui, du fait de l’esclavage et la colonisation, est non seulement méconnue des non-africains voire des africains eux-mêmes, mais aussi, par ce que méconnue,  est dénigrée à tort.
L’histoire de l’Afrique est falsifiée par quelques hommes prisonniers de l’Ego qui ont trouvé bon d’animaliser l’Africain, et l’exclure ainsi de l’Histoire de l’Humanité. Cependant,  je suis convaincu qu’en cette nouvelle ère, les Hommes qui seront désormais libérés des dogmes intellectuels imposés par intelligentsia occidental, pourront apprécier la complexité et la richesse de la tradition Africaine.
Sur la personne, l’Homme, Maa, Amadou Hampâté Ba nous apprend ceci : «  La notion de personne est donc, au départ, très complexe. Elle implique une multiplicité intérieure, des plans d’existences concentriques ou superposés (physiques, psychiques et spirituels à différents niveaux), ainsi qu’une dynamique constante. L’existence, qui débute avec la conception, est précédée d’une préexistence cosmique où l’homme est censé résider dans le royaume de l’amour et l’harmonie, appelé Benke-so »: «  A aucun moment, la personne humaine n’est donc considérée comme une unité monolithique, limité à son corps physique, mais bien comme un être complexe, habité par une multiplicité en mouvement, il ne s’agit donc pas d’un être statique ou achevé. La personne humaine, telle la graine végétale, est évolutive à partir d’un capital premier qui est son potentiel propre. Celui-ci va développer tout au long de la phase ascendante de sa vie (* la tradition considère que la vie d’un Homme comporte deux grandes phases : l’ascendante, jusqu’à soixante-trois ans, l’autre descendante, jusqu’à cent-six ans), en fonction du terrain et des circonstances rencontrées. Les forces dégagées par cette potentialité sont en perpétuel mouvement, tout comme le cosmos lui-même.
Pour illustrer cela, rappelons brièvement le mythe de la création de l’Homme dans la tradition Bambara : Maa-Ngala (ou Dieu-Maître) s’autocréa. Puis il créa vingt êtres, qui constituèrent l’ensemble de l’univers. Mais il s’aperçut que, parmi ces 20 premières créatures, aucune n’était apte à devenir son kumanyon, c’est-à-dire son interlocuteur. Alors, il préleva un brin sur chacune des 20 créatures existantes. Il mélangea le tout et s’en servit pour créer un 21e être hybride, l’Homme, auquel il donna le nom de Maa, c’est-à-dire le premier mot composant son propre nom divin » ; } commentaire : Nous comprenons pourquoi la nature de l’Homme est divine.
« Le corps tout entier correspond à un symbolisme bien précis. La tête, par exemple, représente l’étage supérieur de l’être, percés de 7 grandes ouvertures ( commentaire : par les 7 grandes ouvertures, la tradition Bambara fait référence aux 7 chakras. Voir l’image ci-près ) . Chacune d’elle est la porte d’entrée d’un état d’être, ou un monde, et est gardée par une divinité. Chaque porte donne accès à une nouvelle porte intérieure, et cela à l’infini […] chaque être intérieur correspond à un monde qui tourne autour d’un axe ou point central. Le psychisme de l’homme est donc un ensemble complexe. Tel un vaste océan,  sa partie connue n’est rien par rapport à ce qui reste à connaitre. La maxime malienne en dit long à ce sujet :  « On ne finit pas de connaître Maa… »
Les forces multiples et variées qui se meuvent dans l’univers caché de Maa constituent des états, ou personnes psychiques émanant de l’esprit de Maa lui-même. L’ Esprit, principe immatériel et immortel, n’est pas un être imaginaire. Il existe. C’est lui qui donne naissance à l’imagination, faculté bien réelle ( à ne pas confondre avec l’imaginaire ), faculté grâce à la quelle Maa devient capable de vision et entre en rapport avec des esprit ou des êtres habitant hors de lui ou hors du monde visible.
Comme on a pu s’en apercevoir, la personne n’est pas close sur elle-même, telle une boite fermée. Elle s’ouvre sur plusieurs directions, plusieurs dimensions ( Commentaire :  à ce propos, lire l’article sur les dimensions de la conscience ), pourrait-on dire, à la fois intérieures et extérieurs.

Au premier chef, la personne est reliée à ses semblables. On ne saurait la concevoir isolée ou indépendante. De même que la vie est unité, la communauté humaine est une, et interdépendante ( commentaire : la notion d’interdépendance décrit Amadou Hampaté Bâ est similaire à la notion de inter-subjectivité théorisée par  Jean Paul Sartre).
En raison de ce sentiment profond de l’unité de la vie, la personne humaine n’est pas coupée du monde naturel qui l’entoure, et entretient avec lui des relations de dépendance et d’équilibre, codifiées par des règles de comportement que lui enseigne la doctrine traditionnelle Bembaw-sira. Des lois précises déterminent le comportement de l’homme vis-à-vis de tous les êtres peuplant la partie vitale de la terre : minéraux, végétaux et animaux. Ces lois ne peuvent être violées, sous peine de provoquer, au sein de l’équilibre de la nature et des forces qui la sous-tendent, une perturbation qui se retournerait contre lui ».
En conclusion, «  Tant que l’Homme n’ pas ordonné les mondes, les forces et les personnes qui sont en lui, il est le Maa-Nin, c’est-à-dire une sorte homoncule, l’Homme ordinaire non réalisé. La tradition dit : ‘ Maa kakan ka sé i yere la noote a bè to Maa ni yala ‘ c’est-à-dire : on ne peut sortir de l’état de Maa-Nin, pour réintégrer l’état de Maa, si l’on n’est pas maitre de soi-même […] l’Homme est l’interlocuteur de Maa-Ngala, et garant de l’équilibre de la création »
Si ces extraits vous ont passionné, vous pouvez commander le livre à cette adresse : Présence africaine
Nous sommes Un.

 

Publié par pour son blog

 


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