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L’été Sénégalais: hiphop, électricité et la constitution

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A quelques mois des élections présidentielles de février 2012, le président Sénégalais Abdoulaye Wade a tenté de modifier la loi électorale. Avec pour conséquence que la population d’un des pays Africains les plus stables est descendu massivement dans la rue fin juin. Opposition et société civile se sont associés dans le Mouvement du 23 juin (M23) en ont fini par dissuader Wade de son projet.

‘C’était la première fois dans l’histoire du Sénégal que l’Etat a retiré une proposition de loi sous pression d’une manifestation populaire’, déclare Alioune Tine, porte-parole de M23. « C’était notre première victoire ». Entre temps le combat a glissé vers la candidature de Wade aux élections présidentielles. Celle-ci aussi est tout à fait contraire à la constitution selon M23. La constitution de 2001 ne permet en effet pas un troisième mandat et prévoit un mandat de cinq ans au lieu de sept ans.

« En 2007 Wade a lui-même dit qu’il avait verrouillé la constitution de telle façon qu’uniquement deux mandats sont possibles, et qu’aucun président ne pourrait plus rester au pouvoir pendant vingt ans », selon Tine. Maintenant Wade semble vouloir revoir ceci. Selon lui, l’ancienne règle était encore d’application pendant son premier mandat de 2000 à 2007 et le compteur a été remis à zéro après sa réélection en 2007. Ceci lui donnerait droit à encore un mandat. Tine : « Vu la manière dont Wade contrôle les institutions, on pourrait se retrouver dans une situation comme en Côte d’Ivoire ». Le M23 mène dès lors une lutte juridique pour contester la candidature de Wade. Sur le plan national avec une grande conférence d’experts constitutionalistes, sur le plan international par l’Assemblée Générale de l’ONU.

Das fanaanal

‘Nous respectons la démarche de saisir l’ONU, mais en ce qui nous concerne c’est uniquement les Sénégalais qui règlerons eux-mêmes leurs problèmes’. Ces paroles sont de Fadel Barro, journaliste et porte-parole du mouvement de jeunesse y’en a marre. Ce mouvement fait partie de M23 mais ne suit pas toutes ses initiatives aveuglement.

Ensemble avec les rappeurs du groupe Keur Gui Barro a fondé y’en a marre en début 2011. « Du samedi au dimanche 16 janvier nous étions vingt heures sans électricité. Nous étions en train de boire du thé dans le noir et discutions de la situation dans le pays. L’appel des vieux imams de Guediawaye (banlieue de Dakar) de ne plus payer les factures d’électricité a également été abordé. Nous avons conclu qu’en tant que jeunes nous ne pouvions pas rester là sans rien faire », raconte Barro.

En février ils ont mobilisé les gens à l’occasion du Forum Social Mondial à Dakar. A l’université Cheick Anta Diop à Dakar, ils ont ainsi recruté plus de 5.000 adhérents en une seule journée. Vincent Foucher, un chercheur français à Dakar : « Le succès de y’en a marre et de M23 réside dans le faite qu’ils relient le sociale et le politique à la vie de tout les jours ».

Selon Fadel Barro les politicien Sénégalais doivent de nouveau s’occuper des soucis des gens. Barro : « Et pour cela nous devons créer une masse critique qui comprend l’enjeu du jeu politique et peut y participer pleinement ».

En avril, y’en a marre a lancé la campagne Das Fanaanal (« ma carte d’électeur, mon arme ») à fin de pousser les jeunes à s’inscrire massivement pour les élections à venir. Ceci était initialement uniquement possible jusqu’au 31 juillet. Mais sous pression de y’en a marre et le faite que des jeunes restaient inonder les bureaux d’inscription, la date d’échéance a finalement été repoussé au 16 août. Barro : « Lorsque nous avons commencé la campagne, seulement 28.000 jeunes s’étaient inscrit. A la fin de la période d’inscription, 320.000 jeunes se sont ajoutés ».

 

Nouveau Type de Sénégalais (NTS)

Les jeunes jouent un rôle crucial dans les élections Sénégalaises. Depuis les élections présidentielles de 2007, un million de jeunes avec droit de vote se sont notamment ajouté. L’ironie veut que le vieux Wade (86 ans) était le ‘président de la jeunesse’ en 2000. Après deux décennies d’immobilisme sous le président socialiste de cette époque Abdou Diouf, le libérale Wade promettait du changement et du travail.

Chercheur et collaborateur d’une ONG à Dakar, Jérôme Gérard : Chez y’en a marre et M23 il y a des trentenaires et des quarantenaires qui en 2000 ont encore voté pour Wade. Maintenant, onze ans plus tard, ils n’ont toujours pas de travail et ne peuvent encore toujours pas se marier avec leur partenaire par manque d’argent. Rien n’a changé : C’est uniquement si tu as un oncle ou père haut placé, que tu trouveras un emploi ».

Amar Thioune est de l’avis que la mobilisation étonnante de citoyens dans le Sénégal sinon aussi stabile est dû à la frustration et la déception du peuple.

Thioune a quitté son pays le Sénégal il y a dix ans pour aller étudier en France. Entre temps il y est secrétaire de l’organisation SOS Racisme et politicien pour le Parti Socialiste. Thioune : « Surtout la crise alimentaire mobilise les gens. Une partie des gens est devenu très riche pendant les dernières années et ceci fâche la population. Ces nouveaux riches profitent de biens qui devraient profiter à toute la population ».

L’opposition divisé –temporairement uni dans une campagne anti-Wade- n’apporterait aussi pas de solution. Thionne : « Il n’y a pas de projet politique. On ne fait rien avec l’angoisse et l’espoir des gens ».

Selon Barro y’en a marre essaie de convaincre le public que le problème au Sénégal est le problème de tout les Sénégalais et que tout le monde doit apporter sa pierre. Barro : ‘Nous devons développer de nouvelles valeurs, comme le NTS, le nouveau type de Sénégalais. C’est un citoyen qui est conscient de ses obligations mais qui exige également que ses droits soient respectés. Le NTS arrive à l’heure à son rendez-vous. Il refuse de monter dans un bus plein à craquer et de payer des pots de vin à des agents de la police routière corrompus. Il jette ses déchets dans la poubelle au lieu de parterre. S’il n’en trouve pas, il frappe à la porte des autorités compétentes pour en exiger une.’

Pendant leurs manifestations et grands évènements sportifs, y’en a marre organise également des actions de rangement collectives. « Au Sénégal tout est laissé aux mains de Dieu », dit Barro. « Il y a même un quartier qui s’appelle Khar-Yallah, « attendre Dieu ». Le NTS dit adieu à ce genre de fatalisme en comprend que lui-même -plus que la politique ou l’Etat- est le problème du Sénégal. Le NTS travaille pour son pays, investit dans son pays et peut regarder l’homme blanc droit dans les yeux sans vouloir aller vers lui de manière clandestine ».

 

Révolution intelligente

Au Sénégal la situation n’évoluera sans doute pas vers des situations comme au Printemps Arabe. « Le 23 juin nous avions le choix de continuer le lutte comme en Tunisie et de chasser notre président », dit Barro. ‘Mais nous avons décidé de ne pas mettre le feu au Sénégal, et de retourner à la maison si la proposition de loi était retiré. Nos pères et grands-pères nous ont donné un pays stable. C’est notre devoir de faire passer cela à nos enfants. Nous avons choisi pour une révolution intelligente par les élections et la constitution ».

Dans les semaines à venir les candidats à l’élection présidentielle vont se manifester formellement. Y’en a marre travaille à une nouvelle campagne pour les faire suer. Barro : « Si Wade pousse quand-même pour ce troisième mandat, alors je ne sais pas ce qui va arriver. Parce que nous n’accepterons pas cela. Les temps ont changé ».

Croissance économique, pauvreté qui reste

Sur le plan économique, le Sénégal ne preste pas mal sur papier depuis l’accession au pouvoir de Wade en 2000. Le pnb a connu une croissance constante, de 3,452 milliard d’euro en 2000 jusque 10,183 milliard d’euro en 2011. La moitié des presque treize millions de Sénégalais vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. En 2001 il s’agissait encore de 57 pour cents, en 1994 presque 70 pour cents. La moitié de la population active est sans emploi.

Le Sénégal aussi est touché par la crise mondiale économique. La taux de croissance de presque 5 pour cents en 2007 est redescendu à 2,1 pour cents en 2009. Pour 2010 le taux de croissance est estimé à 4 pour cents et on s’attend à ce que ce phénomène se poursuit en 2011. Aussi le budget que les Sénégalais à l’étranger renvoient vers leur pays d’origine –qui compte pour un dixième du revenu national- a fortement diminué.

Pas seulement la forte hausse du prix des denrées alimentaires a diminué le pouvoir d’achat du peuple Sénégalais, aussi l’inflation y est pour quelque chose. En 2007 et 2008 elle s’élevait à presque 6 pour cents. En 2010 il s’agissait de 1,9 pour cents ; en 2011 on estime 3,9 pour cents.

Dans l’enseignement, il y a un taux d’inscription de 94 pour cents dans l’école primaire, mais seulement un sur deux écolier évolue vers l’école secondaire. A peine trois pour cents quitte l’école secondaire avec un diplôme.

 

Sources : Agence National de Statistiques et Population, FMI, Banque Mondiale, PNUD)

 

Ministre du ciel et de la terre

Le président Sénégalais Abdoulaye Wade a nommé son fils Karim Wade ministre d’Etat, de la Coopération Internationale, de l’Energie et des Travaux publiques et de l’Aviation en 2009. Cela a donné lieu au surnom de « ministre du ciel et de la terre » de Wade junior. La nomination était surprenante vu que Karim Wade n’avait même pas obtenu vingt pour cent des suffrages dans son propre quartier lors des élections locales à Dakar.

La préoccupation au sujet de la succession de président Abdoulaye Wade n’est pas dépourvu de sens. Son parti libérale, le PDS, a fortement perdu lors des élections locales de 2009 et plusieurs politiciens vedettes ont quitté le parti. L’opposition de son côté est uni dans une campagne anti-Wade, a connu un certain succès au élections de 2009 mais est néanmoins très divisé internement.

 

Par Olivia Rutazibwa, MO* Magazine en octobre 2011


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