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Lorsque se lève la femme africaine, seule la mort peut l’arrêter : l’Afrique pleure Wangari Maathai

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Rien ne laissait présager un tel avenir à cette femme, née d’une famille modeste de fermiers. A une époque où les femmes étaient marginalisées, Wangari reçu la bénédiction de ses parents pour aller à l’école.

Consciente de la chance qu’elle avait, elle travailla dur et décrocha un doctorat en biologie, devenant ainsi la première femme d’Afrique de l’Est à l’obtenir. Ce fut le premier pas qu’elle entama sur le chemin de la réussite. Mais Wangari ne comptait pas s’en arrêter là, elle aspirait à mettre ses connaissances à profit de la société et plus particulièrement à la protection de l’environnement, elle qui avait grandi dans la nature et, par conséquent, qui en connaissait mieux que quiconque la valeur. En effet, elle avait grandi aux pieds du Mont Kenya, où le passage du volcan avait laissé une terre humide et fertile. Une grande partie de ces terres cultivées correspondait initialement à une forêt mais la majorité des arbres avaient été abattus afin de fournir des terres cultivables et des pâturages à la population. De grandes fermes s’y implantèrent tout naturellement et l’on comprend que la vie de la petite Wangari a sans douté été bercée par cet aspect écologique.

Après ses études, elle rentra enseigner la zoologie à l’Université de Nairobi et 10 ans plus tard, année où elle est contrainte de quitter sa profession pour cause de mésentente avec les autorités académiques, elle décide de fonder le Greenbelt Movement (« Mouvement de la Ceinture Verte ») dont la mission consiste à planter des arbres en Afrique non seulement pour conserver la biodiversité mais également pour créer de l’emploi pour les femmes rurales et ainsi les mettre à l’honneur. « Nous plantons les graines de la paix, maintenant et pour le futur » expliquait-elle. Depuis, le mouvement a réalisé l’exploit en étant à l’origine de la plantation de plus de 40 millions d’arbres, un véritable reboisement opéré en Afrique.

L’on pourrait se poser la question de savoir pourquoi elle accordait un tel intérêt à l’environnement et pourtant depuis quelques années déjà, des études ont démontrées que la forêt était le milieu terrestre qui nourrissait et abritait une grande partie des êtres vivants mais surtout qu’elle permettait le renouvellement de l’air à l’échelle mondiale. L’Homme aura beau affiner ses découvertes scientifiques, il ne pourra jamais vivre sans oxygène. En outre, certains arbres sont très prisés pour leurs vertus médicinales et permettent ainsi l’innovation de produis pharmaceutiques. Ainsi, la liste des dangers de la déforestation sur le plan planétaire est longue et celle que l’on appelait mama miti (« la maman des arbres » en swahili) ne pouvait, de son vivant, laisser un tel suicide collectif se dérouler.

Sous le régime autoritaire du président kenyan Daniel Arap Moi, Wangari compléta sa défense de l’environnement par un engagement politique fort. Aussi, lorsqu’elle apprit que « l’homme du peuple » prévoyait d’abattre des arbres sur une grande superficie afin de se construire une luxueuse maison, elle se plaça à la tête d’une action non violente. En revanche, c’est sous les coups que cette gardienne de la nature fut refoulée et jetée en prison, et ce, à plusieurs reprises. Néanmoins, elle ne céda jamais à ces menaces et cette détermination lui vaudra sa renommée mondiale.

En 2003, lorsque Mwai Kibaki succède à Daniel Arap Moi à la présidence, elle devient secrétaire d’Etat à l’environnement. Elle croyait voir en lui un changement mais sera bien déçue par le nouveau dirigeant, notamment suite à des violences post-électorales. Elle n’hésitera pas à l’accuser « d’avoir échoué à protéger ses citoyens et leurs biens ». Là où beaucoup de personnes auraient profitées de leur position dominante pour s’enrichir et satisfaire leurs besoins personnels, le Docteur Maathai n’hésita pas à dénoncer les dérives, à ses risques et périls. Son poste de politicienne était un moyen pour elle de tenter de régler les problèmes locaux de la population avec une plus grande efficacité mais hélas, cette conviction n’était pas partagée par tous.

Le prix Nobel de la paix récompensera sa persévérance en 2004, en faisant des éloges de « son approche holistique du développement durable, qui englobe la démocratie, les droits humains et en particulier ceux de la femme ». Elle est ainsi hissée au 7ème rang des personnalités africaines ayant reçu ce prix mais surtout, elle honorera toutes les femmes pour qui elle se battait en  devenant la première femme africaine à l’obtenir. Depuis le 29 juillet 2009, c’est au poste de conseillère honoraire du Conseil pour l’avenir du monde qu’elle déployait ses talents.

Nous l’aurons compris, c’est la lumière de vie d’une femme forte, brillante, pleine d’ambition  qui s’est éteinte ce dimanche. Ses œuvres resteront à jamais gravées dans l’écorce de l’histoire de notre planète. La meilleure chose que nous puissions lui souhaiter à présent est que la terre de nos ancêtres lui soit douce et légère. Cette héroïne a prouvé que les femmes africaines étaient prêtes autant que les hommes à se battre pour cette planète et à obtenir des résultats compétitifs. Après tout, le berceau de l’humanité étant l’Afrique, la mère de la race humaine ne serait-elle pas une femme africaine… ?


 

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