Erzulie

Les traces du Christianisme dans le Vaudou

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Qui dit vaudou dit magie noire, envoutement, poupée en chiffon pleines d’aiguilles, sacrifices humains, cultes mystérieux, manifestations de transes impressionnantes et histoires de zombie. Mais alors, comment peut-on trouver des traces du christianisme dans une telle religion? Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est nécessaire de définir ce qu’est le vaudou et d’où cette religion que l’on qualifie souvent de diabolique tire ses origines.

Le vaudou est né en Afrique, et plus particulièrement dans l’ancien Royaume du Dahomey qui regroupait le Bénin, le Nigéria et le Togo. Le mot vaudou vient de « vaudoun« , qui en langue fon (langue véhiculaire commune aux trois pays précités) signifie « esprit ». La religion vaudou est donc à la base un culte voué aux esprits.

Les esprits vaudous sont appelé les « loa« , ils sont en grand nombre et tiennent pour la plupart leur caractéristiques dans les éléments de la nature tels que le tonnerre, les eaux, le feu,…etc. Bon nombre de loa ont également un aspect humain et chacun d’entre eux possède une fonction bien précise. Par exemple, Azaka est le dieu de l’agriculture, Ogun est le dieu du feu, du fer et de la guerre, Chango est le dieu de la foudre et de la justice, etc…

Au 17ème siècle, lorsque les esclaves africains sont déportés vers les Caraïbes et l’Amérique, ils emportent avec eux leur religion. Ainsi, le vaudou sera pratiqué en Haïti, au Brésil ou en Louisiane. Toutefois, les maitres esclavagistes apeurés par cette religion qu’ils qualifient de satanique, vont peu à peu endoctriner les esclaves africains, les obligeant à abandonner leurs pratiques ancestrales pour adopter le christianisme. Chose extrêmement difficile, car par la force des choses, les Africains auront tendance à faire secrètement co-exister le culte vaudou avec le culte chrétien, jusqu’à lui donner la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.

Le vaudou qui pourtant est né du culte polythéiste de cette région du Golfe du Bénin se veut paradoxalement monothéiste. Et si l’on retrouve des traces évidentes du christianisme dans le vaudou, l’élément de base de ce culte voué aux esprits existait déjà au départ, c’est à dire sans avoir été tiré du christianisme. Il y a dans le vaudou un dieu au dessus de tous les dieux (les loa) que l’on appelle le « Grand Maitre » ou « Mawu » (à prononcer « Manwu »). Si les loas sont des dieux au service des hommes, Mawu est le créateur de toute chose, c’est à dire des hommes, des loas et de tous les éléments de la nature. Tout comme les saints sont les intermédiaires entre Dieu et les hommes dans le christianisme, les loa interviennent en faveur des hommes auprès de Mawu.

Les esclaves africains qui s’étaient convertis au christianisme assimilaient donc les loa aux personnages chrétiens. Et même encore aujourd’hui »hui, il n’est pas rare de voir les vaudouisans assister sans aucun remord à la messe du dimanche. Dieu le père, comme préalablement expliqué est assimilé à Mawu, et tout comme dans le christianisme, il n’est pas permis de représenter Mawu. Le Christ est identifié au loa Oxalà, esprit de la vie et de la pureté. Erzulie, loa de l’amour est identifiée la Vierge. Cependant, elle est représentée par une jeune femme métisse très séductrice et qui ne présente aucun signe de virginité. Alors que Saint Pierre tient les clés du paradis et de l’enfer, les cérémonies vaudous débutent par une invocation à l’esprit Legba, « Maitre des Portes » et gardien entre le monde des dieux et des humains. Et si lors d’une cérémonie vaudou un adepte en transe se met à ramper comme un serpent, on dira qu’il est habité par Damballah, le « Dieu-serpent« , identifié à Saint Patrick car ce dernier avait un pouvoir sur les serpents.

Mais le loa le plus terrifiant du panthéon vaudau demeure « Baron Samedi« , esprit de la mort et de la résurrection, mais aussi le dieu des excès sexuels. Il aime souvent mener une danse provocante et séductrice appelé la « banda« , imitant le coït. Il est représenté par un homme portant un chapeau haut de forme blanc, un costume de fête, des lunettes de soleil et du coton dans les narines. Inutile de préciser que Baron Samedi est assimilé au diable.

A l’église, le culte est dirigé par un prêtre ou un pasteur. Dans le temple vaudou, parfois appelé « hounfor« , la cérémonie se passe également sous la direction d’un prêtre, le « uga« , ou la « mambo » quand il s’agit d’une prêtresse.

Toute personne désireuse de devenir vaudouisan doit passer par un baptême pour marquer le passage de son ancienne vie à sa nouvelle vie, suite à quoi, elle peut être à même d’être habitée par des esprits (les loa), qui se manifesteront en elle par des transes impressionnantes durant les cérémonies. Les loas peuvent parler au travers des personnes qu’ils hantent, révélant ainsi des choses cachées et nécessaires. Les chrétiens évangéliques quant à eux reçoivent le baptême de feu, c’est à dire celui du Saint-Esprit, juste après le baptême d’eau, symbole d’une nouvelle vie qui commence. Parfois, l’esprit de Dieu se manifeste physiquement par des transes ou par un parler en langue inconnue.

La vaudou, religion du bien ou du mal? Les adeptes vous diront que le vaudou peut être utilisé à des fins bénéfiques ou maléfiques. Mais il y a une règle dans le vaudou: toute pratique maléfique a un effet boomerang. Car après avoir volontairement pratiqué le vaudou dans le but de faire le mal, il ne faudra pas compter sur l’assistance de Mawu, dieu des dieux qui préconise le bien. Lorsque des esprits maléfiques tels que Baron Samedi viendront s’en prendre à vous, les dieux du bien n’intercèderont plus en votre faveur. Et cette même idée se retrouve dans le passage biblique de Romains 6:23, passage que les chrétiens brandissent volontiers pour dissuader de pratiquer le mal: « Car le salaire du péché, c’est la mort. »

Pour terminer, je vous invite à visionner une émission canadienne où deux femmes d’origines haïtiennes expliquent ce qu’est le vaudou.

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6 Commentaires

Page 1 sur 1
  1. avatar
    juan
    9 juillet 2013 at 19:14 ·

    je trouve cette comparaison erronnée. il faut savoir que dans le catholisisme, les saints ne sont pas à adorer et ne sont pas des dieux. Mais des pieux dont le modèle de vie est à méditer et à s’en inspirer dans une foi qui reste tout d’abord personnelle. Les saints ne sont point adorées et ne sont pas morts car vivants dans le corps mystique du Christ Rédempteur. De même manière est demandé aux anges de nous aider, même manière est applicable aux saints.
    Aussi, comme l’a si bien dit notre frère, le christianisme ne profère pas le mal et celui qui en a eu recours peut s’il le souhaite se répentir, chose impossible dans cet article ou le dieu de cette réligion te laisse à ton sort.
    Enfin, la ou la cathédrale de Dieu est, la chapelle du diable est érigée à quelques mètres. Justement, ce dernier perdant à jamais ne fait que recopier et travestir à son profit les différents rites ou pratiques chrétiennes afin qu’on y voit des similitudes et l’acceptation suit après. C’est une religion idolatre à combattre. La majorité de ces nations qui la pratiquent obeit à une violence et/ou un manque de développement accrue.

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    Kilombo Tony Wembangomo
    23 avril 2012 at 03:08 ·

    juste une precision soeur Aminatou, « les chretiens evangeliques » ne recoivent pas forcement le Saint Esprit apres le bapteme d’eau. L’Esprit peut aussi etre recu avant le bapteme d’eau. Le cas du centenier romain corneille dans les actes des apotres chapitres 9 en est la parfaite illustration. Deuxieme element c’est que nulle part dans la bible, les saints ont ete invoques pour servir d’intermediaires entre Dieu et les hommes. Pour votre information Saint Patrick n’est pas biblique. C’est un culte emanant du catholicisme romain.

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    Aminatou
    29 février 2012 at 01:57 ·

    Cher Diguioba,
    Cher Ambrosio,

    Comme le dit Momi, vous semblez posséder des éléments intéressants pour compléter ou débattre au sujet de cet article qui n’est en fait qu’une observation personnelle (et en réalité destiné à créer un débat autour de la question). Mon intention n’était sûrement pas de dénigrer une quelconque religion mais de tirer certains éléments de similitude étranges entre le vaudou et le christianisme. Ces similitudes sont peut être nées d’une observation personnelle mais je pense qu’elles taperaient à l’oeil de n’importe qui,en effet, elles sont flagrantes…Le vaudou est une religion très vaste, je ne pense pas qu’en un seul article on aurait pu établir tous ces liens…J’ai choisi de ne citer que certains éléments et mon observation n’a pas été faite pour établir une thèse ou une vérité universelle. Donc, libre à vous de compléter à l’aide de vos commentaires…Merci

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    Ambrosio
    29 février 2012 at 00:03 ·

    Ma chère Aminatou

    Le Vaudou et le christianisme n’ont pas grand chose en commun…
    premièrement il ne faut pas confondre catholicisme romain et la foi en Jesus Christ (basé sur les évangiles), le culte des saints est formellement interdit dans la bible et il y a aucun intermédiaire entre Dieu et les hommes.

    Deuxièmement, contrairement au vaudou le christianisme ne peut pas être utiliser pour faire du mal, la Parole de notre seigneur nous demande même d’aimer nos ennemis et de prier pour eux.

    Je suis ouvert pour échanger nos idées sur ce sujet car je pense que l’amour pour notre culture africaine ne doit pas nous aveugler sur des points essentielle de la spiritualité…
    Bien à toi

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    diguioba
    16 janvier 2012 at 10:38 ·

    Chère Aminatou, vous ne parlez que du Vodou en Haïti. Comme le précise l’article sur l’identité culturelle du Bénin, cette religion recouvre une réalité bien plus importante, Encore cet article oublie-t-il de mentionner ses variantes ewe et goun qui étend son ère du Ghana, Togo, jusqu’à l’ouest du Nigéria.
    Il n’est pas inutile de parler aussi du culte des orichas, la religion traditionnelle des yorubas, très proche, au point que certains se demandent s’il n’est pas à l’origine du culte vodou, qui se réfère à Ifé, dont le nom des esprits se rejoignent souvent (le Legba des Fons s’appelle parfois Eshu-Elegbara chez les yorubas, Goun fon et Ogoun yoruba) ou qui ont la même personnalité (Hebioso/Chango, Sakpata/Oshumaré)
    Le Vodou se retrouve en Haïti, au Brésil et en Louisiane, mais sa version yoruba rassemble des millions d’adeptes au Brésil sous le nom de Candomblé, à Cuba sous celui de Santeria ou de Lucumi, sous le nom de Shango à Trinidad.
    Cette spiritualité africaine, quel que soit son nom, ne touche pas seulement une vingtaine de millions d’Haïtiens et de béninois, mais bien une centaine de million d’adeptes de toutes couleurs, du Nigéria à Cuba, du Ghana au Brésil

    • avatar
      19 janvier 2012 at 13:27 ·

      très très intéressante précision que vous nous apportez mon cher! Si celà vous intéresse, vous pouvez nous envoyez un article qui va dans ce sens afin de completer notre soeur Aminatou.

      Nul ne possède le savoir ultime mais nous restons complémentaire les uns aux autres par notre savoir, d’où notre slogan « le savoir en partage ».

      Donc sentez vous libre de nous faire parvenir un article plus détaillé et fourni. Au moins le travail d’aminatou aura le mérite de nous avoir fait découvrir VOTRE PART du savoir.

      Merci beaucoup!

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