kasala griot

Le kasala, une tradition orale africaine en guise de thérapie psychologique

le profeseur Ngo Semzara, posant avec un instrument traditionnel de musique

Le Kasala, appelé aussi auto louange ou Auto panégyrique, est une pratique subversive qui trouve son origine en Afrique. Subversive parce qu’il s’agit de se nommer soi-même avec des noms de force, des noms-devises, des noms-programmes qui racontent le récit remarquable de nos vies comme s’il s’agissait d’épopées, de mythes. Il est dispensé aussi dans des domaines comme la puériculture ou la psychologie de groupe en Occident, notamment en France et Belgique, pour ne citer qu’eux.

Ecrire et dire son Kasala, c’est disposer de la liberté extraordinaire de rire, de se jouer des frontières établies et appeler, par l’art de la parole positive, poétique, métaphorique, symbolique, poly rythmique, mise en scène, théâtrale… à devenir plus vivant aujourd’hui qu’hier. C’est s’affirmer en tant qu’individu unique à l’intérieur d’un groupe et inviter à l’amplification, la reconnaissance, l’émerveillement face à notre réalité car nous sommes des passeurs de Vie. C’est exprimer le besoin vital d’être reconnu car sans lien avec la source de l’estime en soi, l’homme n’existe pas, mais c’est aussi un texte qui relie joyeusement à la communauté des hommes et à la nature toute entière car le Kasala enseigne la fierté d’appartenir à l’humanité qui accomplit des merveilles et à développer le rieur en nous.

Cette tradition existe un peu partout en Afrique. Elle vise à rappeler au voyageur qui il est, à le resituer parmi les siens. Au passage, le griot signe son œuvre en parlant de lui-même, en maniant l’hyperbole, la métaphore, l’humour. Ces figures de style, ainsi que le cadre rituel dans lequel on s’y adonne, rendent légitime une flatterie de soi qui, au quotidien, n’est pas admise. « Chez moi, ajoute Ngo Semzara Kabuta, on dit que lorsque l’on a beaucoup marché, il faut s’arrêter pour laisser à l’âme le temps de nous rejoindre. On ne peut pas toujours aller, il faut parfois revenir à soi. » C’est ce que permet l’auto louange.

Témoignage du professeur Ngo Semzara Kabuta : « Je suis retourné au Congo après des années d’absence. Ma famille avait fait venir un griot, un diseur, un poète. Au son des tambours, il m’a parlé de moi, de mes origines, de mon histoire et, à travers ce récit, de chaque membre de ma communauté. Cela a duré quatre heures, à la manière d’une épopée. Mon émotion était forte. »

En pratique. Comment s’auto louer ? Souviens-toi de ta noblesse, la pratique de l’auto louange ou l’accouchement du cœur de Marie Milis, Préfacé par Christiane Singer – « Seul celui qui a vu le prix inestimable de sa propre vie est capable de s’incliner devant celle de son frère » –, cet ouvrage expose la pédagogie d’une méthode inédite et présente les plus beaux textes d’une classe d’adolescents. (Le Grand Souffle, 2007).

Il y a plusieurs façons de pratiquer l’auto louange, selon son humeur et la situation. Quelques exemples proposés par Ngo Semzara Kabuta.

Pour renouer avec sa puissance : « Je suis l’insubmersible, la tenace, celle que l’on assaille de contrariétés et qui jamais n’abdique… »
Pour tordre le cou à ses défauts : « Nul ne m’égale dans l’art de la procrastination, je remets toujours à plus tard. Tout à coup, je me surprends devant une montagne d’œuvres inachevées […]. Les blâmes s’accumulent, il faut réagir, la honte menace, mais je refuse de rougir. »
Pour se défaire de l’emprise de son ennemi : « Tu es la personne la plus indispensable et en même temps la plus détestable. Pourtant, merci à toi de m’avoir permis d’être moi… ». La liste est exhaustive, tans le Kasala sert aussi pour célébrer un être cher disparu, une naissance, un marriage, une reussite scolaire ou sociale…

Professeur de littérature à l’université de Gand, en Belgique, c’est Ngo Semzara Kabuta, auteur d’auteur d’Éloge de soi, éloge de l’autre (PIE-Peter Lang, 2003), qui a inspiré le travail de Marie Milis alors qu’il soutenait sa thèse sur le kasala. Licencié en philologie germanique (ULB, 1974), en linguistique africaine (ULB, 1981) et docteur en linguistique et littérature africaines (ULB, 1995). Après avoir été pendant de nombreuses années professeur de langues germaniques dans l’enseignement secondaire (Nivelles), il est actuellement professeur de linguistique et littératures africaines (Université de Gand). Il est l’auteur de nombreuses publications, articles et livres en français, néérlandais et anglais

Patricia Le Hardÿ a été enseignante et journaliste professionnelle au Vif L’Express, Gaël, Le Soir, Paris-Match… Animatrice d’ateliers d’écriture depuis 2004, congolaise de cœur (elle est née à M’Bandaka), elle s’est formée à la pratique du Kasala avec le professeur Ngo Semzara Kabuta. Elle est également formée aux Pratiques Narratives, à l’écriture du Récit de vie et à la Psychogénéalogie.

9 Commentaires

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  1. avatar
    Guyllomes
    9 octobre 2013 at 16:46 · Répondre

    Moi je dois faire des kasalas pour l école et j en ai mare

  2. avatar
    emaweja
    28 mai 2013 at 12:28 · Répondre

    Le kasala, j’avais depuis mon très bas âge mon père l’exprimait sur les faits des actions d’une manière improvisée… Toujours d’une façon à louer une œuvre ou action… Cela me semblait stupéfiant parce qu’il pouvait commencer par citer mon nom par exemple : toi Emmanuel, frère de x ou y tous enfants géants digne de splendeurs, fils de Mutombo… Donc il pouvait citer des noms jusqu’à l’ancêtre le plus lointain en racontant même les histoires qu’ils ont connus. Franchement ça a toujours était beau et captivant à entendre!

  3. avatar
    AUGIER-JEANNIN
    7 septembre 2012 at 10:12 · Répondre

    L’article que vous avez publié m’a énormément intéressée. Je suis arrivée en effet par le biais du théâtre ( notamment du jeu masqué) et de la médiation artistique à la conclusion qu’il est très important de « s’auto-louanger », et je caressais depuis quelques temps l’idée d’un projet ayant pour titre : « je suis un roi(ou une reine) du monde ». Je vois que ce projet a déjà été formalisé par d’autres que moi, et cela me donne envie de découvrir cette voie, pour m’en inspirer dans la suite de mon travail. Merci pour cette découverte, et bonne continuation !

    • avatar
      8 septembre 2012 at 01:32 · Répondre

      en effet, le monde, les être humains sont à un stade où il devient important de Savoir se valoriser. Se dire du bien de soi même sans en attendre des autres. Et cela passe par des idées et des projets comme les vôtres, qui je pense, même si ils ont déjà été fait par d’autres, de QUAND MÊME les faire à votre niveua, dans votre lieu géographique pour en faire bénéficier d’autres.

      Nul ne sait le bien que votre initiative aura sur d’autres et l’impact que cela aura sur d’autres.

  4. avatar
    yvette gaffiat
    20 mai 2012 at 14:33 · Répondre

    Est-il possible de s’initier au Kasala en France ou au Sénégal?

    • avatar
      24 mai 2012 at 13:13 · Répondre

      Probablement oui, il faudrait voir au niveau des associations africaines en France ou au Sénégal…

  5. avatar
    béatrice reichen
    26 novembre 2011 at 14:18 · Répondre

    Bonjour!
    j’aimerais savoir comment se prononce le mot KASALA.
    Merci infiniment,
    béatrice

    • avatar
      27 novembre 2011 at 03:17 · Répondre

      je dirai avec un accent aïgu sur le premier A, puis grave sur les deux derniers.

      Car dans les langues bantu (prononcer bantou car la combinaison/son phonétique OU n’existe pas en langue Bantu) en générale, surtout Afrique centrale, l’accent est mis sur la première syllabe. Sauf erreur de ma part. Contrairement aux langues indo-européennes ou l’accent est mise sur la dernière syllabe.

      Ce que vous pourriez faire c’est,par exemple, voir sur un video appropriée sur facebook au sujet du kasala et entendre comme il est prononcé par un africain.

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